La souffrance au travail, mythe ou réalité (7)
Par Scott Brain Kevin William
Pour conclure notre série d'articles, il nous reste à voir quels remèdes peuvent être proposés au Burn Out. La difficulté est qu'une fois le burn out installé, la thérapeutique est difficile à appliquer, puisque, encore une fois, pour l'individu, plus rien ne sert à rien... et c'est le vide !
Il faut d'abord sortir le sujet de son milieu professionnel pour un temps qui ne peut être préalablement défini, et qui sera lié à l'évolution de l'affection. Ceci peut être difficile au début car les bouffées d'angoisse ne sont pas à exclure : décrocher peut donner le vertige.
On utilisera bien sûr tout ce qui peut aider la personne à se retrouver, car c'est finalement là le problème posé, et surtout à se retrouver « autrement ». Il faut découvrir le moindre élément dans lequel elle peut redécouvrir la plus petite des motivations (qui constitue déjà une image de départ à partir de laquelle elle pourra se reconstruire), ne jamais se lasser dans cette recherche, et travailler à partir de là. On n'omettra pas évidemment tout ce qui peut s'avérer nécessaire et dont la liste est évidente : médicaments, entretiens, coaching, psychothérapie ou psychanalyse (et pratiques qui en sont issues), cures de sommeil, techniques plus spécifiquement corporelles (relaxation, yoga), voyages, dépaysement, sans oublier l'impact possible du recours au domaine spirituel, quel qu'il soit, etc. etc. Il s'agit de trouver ce qui convient le mieux à telle ou telle personne.
Mais la visée essentielle est de permettre au sujet de redécouvrir une intimité, un intérieur, retrouver ses propres valeurs, bref tout ce qui avait perdu sens au regard des exigences de ce qu'on pourrait appeler «l'extérieur», qui en avait pris la place et était ainsi devenu sa principale sinon sa seule raison de vivre.
Si le sujet se sort de cette passe dramatique, ce sera comme une sorte de renaissance grâce à laquelle sa vision des choses sera différente, permettra des ouvertures sur la vie et l'avenir, toutes données qui s'étaient effacées dans le formatage professionnel qu'il avait subi. Famille, amitié, engagements extra-professionnels, spiritualité reprendront ainsi leur place. L'humilité remplacera la sensation d'être le plus fort dans la recherche exclusive de la performance. Et si l'individu reprend un travail, il ne sera plus jamais «marié» à son entreprise...
Ainsi le burn out est peut-être un prix à payer pour s'ouvrir à une vie plus riche et moins traumatisante.
Mais il n'en reste pas moins que la prévention doit en être très active et que l'entreprise est là concernée directement. En effet, si au niveau du salarié, ne jamais renoncer à ses valeurs de vie et ne pas se contenter de son milieu professionnel comme lieu unique d'expression de soi-même paraît un moyen des plus efficaces pour résister au burn out, on ne peut, encore une fois, oublier que c'est l'entreprise qui définit les conditions de travail par lesquelles elle est notamment garante de la santé sinon du bien-être de ses employés.
L'organisation du travail, la planification des tâches, la communication, le règlement des conflits, l'adéquation du poste de travail et des compétences, la formation continue, doivent rester dans le souci des responsables, DRH en particulier. Car les dysfonctionnements managériaux, les discours contradictoires, l'utilisation de procédures dépassées sont toujours pathogènes. On sera plus particulièrement attentif à tous les signes possibles de dysfonctionnements, individuels ou collectifs : absentéisme et maladies, drames émotionnels, conflits ouverts, consommation d'alcool ou de drogue, et même apparition de conduites à la limite du licite...
Le médecin du travail, dont la position est parfois difficile vis à vis de l'employeur (qui est aussi le payeur !), a bien évidemment toute sa place : il fait les bilans de santé, se tient en relation avec le médecin traitant, et surtout doit être entendu : ses propos ne doivent pas être systématiquement mis au compte d'une compassion irraisonnée. Il pourra sensibiliser les divers collaborateurs, favoriser des formations plus spécialement axées sur le stress, par exemple.
C'est finalement le problème de la communication qui se pose toujours de manière la plus pointue et à tous les niveaux. Il ne faut pas non plus oublier de donner du temps au temps (faut-il même envisager de temps en temps une année «sabbatique» pour se ressourcer ?
Finalement, nous posions ailleurs la question de savoir si l'homme était vraiment préparé au progrès fantastique qui a eu lieu depuis le siècle précédent, et plus spécialement aux exigences de ce qu'on appelle maintenant l'ultra-libéralisme (même si le terme de «sauvage» vient parfois mettre en question sa mise au rang d'un progrès quelconque). Il est assez amusant de constater que, sur le plan neuro-physiologique, les chercheurs s'accorderaient sur le fait qu'il n'y a pas eu d'évolution chez l'homme depuis plusieurs millénaires. Donc par rapport à ce progrès et à l'évolution fantastique constatés sur les plans tant économiques que social, on a donc le même équipement que quand il s'agissait seulement de chasse et de cueillette, peu sources de burn out à notre avis !
Le temps du travail doit donc laisser une place ailleurs au cueillir, recueillir, au recueillement... !?